Street art dans le 13e arrondissement de Paris : guide des meilleurs spots
2 octobre 2026
Le 13e arrondissement concentre les plus grandes fresques de Paris. Le long du boulevard Vincent-Auriol, les pignons des tours de logement social portent des portraits signés Shepard Fairey, Inti, Conor Harrington ou Seth, que l'on voit depuis le viaduc de la ligne 6.
À quelques rues, la Butte-aux-Cailles garde une échelle plus modeste : pochoirs, collages et petites fresques de village. Nous avons géolocalisé plus de 300 œuvres dans l'arrondissement, des murs de trente mètres aux pochoirs de la taille d'une affiche.
Histoire du street art dans le 13e
Tout part d'une galerie. Itinerrance, dirigée par Mehdi Ben Cheikh, s'installe dans le 13e en 2004 et commence à inviter des artistes à peindre en grand format à partir de 2009.
Le projet trouve un appui durable auprès de la mairie d'arrondissement, dont le maire Jérôme Coumet soutient les commandes, et auprès des bailleurs sociaux propriétaires des immeubles, ICF La Sablière en tête. Les grands pignons aveugles des tours construites dans les années 1960 et 1970 offrent des surfaces qu'aucun autre quartier de Paris ne propose.
En 2012, Shepard Fairey peint un portrait rouge et noir sur toute la hauteur d'un immeuble de la rue Jeanne-d'Arc. L'année suivante, Itinerrance organise l'opération qui fait connaître le quartier bien au-delà du milieu : la Tour Paris 13.
Cet immeuble promis à la démolition, au 9 rue Fulton en bord de Seine, est confié à plus d'une centaine d'artistes venus de 18 pays, qui peignent ses 36 appartements répartis sur neuf étages. Ouverte au public du 1er au 31 octobre 2013, la tour reçoit environ 25 000 visiteurs, certains après des heures de file d'attente, avant d'être détruite au printemps 2014.
Après la tour, la galerie structure le parcours sous le nom de Boulevard Paris 13 : une galerie à ciel ouvert entre la place d'Italie et le quai de la Gare. Selon les décomptes, le circuit réunit aujourd'hui une cinquantaine de fresques signées par plus de trente artistes d'une douzaine de nationalités.
Contrairement aux murs de Belleville, repeints en permanence, ces fresques sont des commandes pérennes : certaines tiennent depuis plus de dix ans, et quelques-unes ont déjà disparu avec les ravalements.
Les meilleurs spots de street art du 13e
Liberté, Égalité, Fraternité d'Obey, rue Nationale
C'est la fresque la plus photographiée de l'arrondissement. Shepard Fairey la peint en juin 2016, lors de sa venue pour l'exposition Earth Crisis chez Itinerrance, en réponse aux attentats du 13 novembre 2015.
Une Marianne aux motifs floraux y est encadrée par la devise républicaine, dans les bleu, blanc et rouge du drapeau. La fresque se trouve à l'angle de la rue Nationale et du boulevard Vincent-Auriol, en face de la station Nationale.
Les deux Obey de la rue Jeanne-d'Arc
Au 93 rue Jeanne-d'Arc, le portrait de femme rouge et noir de 2012 est la première des quatre interventions de Fairey dans le 13e, avec son style d'affiche de propagande reconnaissable. Plus bas, au 60 de la même rue, Delicate Balance date de la même semaine de juin 2016 que la Marianne : un mandala turquoise sous lequel se détache la tour Eiffel.
Inti et Conor Harrington, 83-87 boulevard Vincent-Auriol
Deux des plus hautes fresques du boulevard se font presque face. Le Chilien Inti a peint en juin 2016 La Madre Secular 2, une figure de Vierge couronnée sur fond de roses bleues : c'est le deuxième volet d'une trilogie commencée à Marseille et terminée à Lisbonne.
Juste à côté, l'Irlandais Conor Harrington a peint Embrace and Fight, deux hommes en costume d'époque enlacés dans un combat, sur une trentaine de mètres de haut. Sa peinture, qui emprunte aux portraits de cour, joue sur l'ambiguïté entre l'étreinte et la lutte.
Enter the Vortex de Seth, boulevard Vincent-Auriol
Seth, alias Julien Malland, peint depuis des années des enfants dont on ne voit jamais le visage. Sur Enter the Vortex, la silhouette se tient au centre d'un tourbillon arc-en-ciel qui couvre toute la façade. Le mur fait partie de ceux que la ligne 6 du métro longe au plus près, entre les stations Chevaleret et Nationale.
D*Face et C215 au 167 boulevard Vincent-Auriol
À la même adresse, deux écoles du pochoir et de la pop culture se répondent. Le Londonien D*Face, figure de la scène que l'on retrouve à Shoreditch, y a peint Turn Coat, un visage de bande dessinée aux cheveux turquoise et aux lèvres rouges. C215, artiste de Vitry-sur-Seine installé de longue date dans le paysage du 13e, y signe un chat bleu en gros plan, dont chaque poil est découpé au pochoir.
La Butte-aux-Cailles : Miss.Tic, Seth et Jef Aérosol
Changement d'échelle sur la colline. La Butte-aux-Cailles offre un tout autre décor, avec ses petites rues pavées et ses maisons basses.
Le quartier possède aussi une longue histoire liée à la Commune de Paris, que l'on retrouve notamment dans une mosaïque de Morèje, passage Barrault.
Miss.Tic (Radhia Novat, 1956-2022) commence à peindre les murs de Paris en 1985 et fait de la Butte son terrain de prédilection dans les années 1980. Ses femmes au pochoir accompagnées de jeux de mots, comme Dangereuse sous tous rapports rue de la Butte-aux-Cailles, sont encore visibles dans le quartier. Seth y a ensuite multiplié les interventions, notamment rue Buot avec l'enfant au pigeon dont la cage se confond avec une fenêtre.
Jef Aérosol, reconnaissable à la petite flèche rouge qui accompagne ses pochoirs, a peint rue Daviel un grand pignon où une figure allongée surplombe des vers de Baudelaire. D'autres signatures plus récentes s'y ajoutent, comme les perroquets de Louyz rue de la Butte-aux-Cailles.
Les artistes associés au 13e
Voici les signatures que l'on recroise le plus souvent dans l'arrondissement, sur le boulevard comme sur la Butte.
- Shepard Fairey (Obey) - quatre interventions entre 2012 et 2016, dont la Marianne de la rue Nationale.
- Seth - l'un des artistes les plus présents dans le 13e, du vortex du boulevard aux petites fresques de la rue Buot.
- C215 - portraits et chats au pochoir, disséminés dans tout l'arrondissement, de la rue Nationale à la place Pinel.
- Miss.Tic - pionnière du pochoir poétique, active sur la Butte dès les années 1980.
- Jef Aérosol - portraits en noir et blanc signés d'une flèche rouge, rue Daviel et rue Bobillot.
- Inti - La Madre Secular 2, l'une des plus grandes fresques du boulevard Vincent-Auriol.
- Conor Harrington - peinture figurative inspirée des portraits de cour, au 87 boulevard Vincent-Auriol.
- D*Face - pop art façon comics, avec trois œuvres relevées dans le quartier.
- Jace - ses Gouzous, personnages sans visage, peuplent le passage Sigaud et la rue du Moulinet.
- Invader - mosaïques posées le long du boulevard, comme PA_299 au 79 boulevard Vincent-Auriol.
Au-delà du boulevard : Jeanne-d'Arc, Masséna et la Rive gauche
Le parcours déborde largement du boulevard Vincent-Auriol. Rue Jeanne-d'Arc, Hush a peint au 103 une geisha dont la robe est couverte de motifs graffiti.
Rue du Moulinet, Jace a transformé une façade de cinq étages en écran de Donkey Kong, avec ses Gouzous rouges dans le rôle des personnages. Près de la porte d'Italie, WEN2 a peint une tour-machine dans les nuages au 10 boulevard Masséna.
Côté Seine, le quartier Paris Rive Gauche, autour de la Bibliothèque François-Mitterrand, accueille d'autres œuvres, comme L'Enfant aux fées du duo allemand Herakut rue Olivier-Messiaen, et une série de stickers et de mosaïques d'A2. À la différence d'un musée comme Urban Nation à Berlin, rien ici ne demande de billet ni d'horaire : tout se voit depuis le trottoir.
Comment visiter le street art du 13e
Le moyen le plus rapide d'avoir une vue d'ensemble est la ligne 6 du métro, qui circule en viaduc au-dessus du boulevard Vincent-Auriol : assis côté fenêtre, on voit défiler les fresques de Seth, d'Obey et d'Inti. À pied, partez de la station Quai de la Gare, remontez le boulevard Vincent-Auriol jusqu'à la place d'Italie (lignes 5, 6 et 7), puis rejoignez la Butte-aux-Cailles par la rue Bobillot. Comptez deux heures et demie à trois heures pour l'ensemble, arrêts compris.
Pour préparer la balade, la carte du street art à Paris situe chaque œuvre avant de partir, et la liste complète des œuvres de Paris couvre aussi Belleville, le canal Saint-Martin et Montmartre.
Une fresque manque, un mur a été ravalé ou repeint ? Nos relevés vieillissent comme les murs. Vous pouvez ajouter une œuvre en quelques minutes, avec sa photo et sa position.
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